« Ma bouche a possédé ta bouche féminine / Et mon être a frémi sous tes baisers d’amant » (poème « La Double Ambiguïté »)

Figure majeure de la Belle Epoque, Renée Vivien née Pauline Mary Tarn est une poète britannique de langue française qui demeure l’une des grandes icônes du génie féminin à travers les siècles.
Son oeuvre fait constamment l’objet de nouvelles recherches universitaires.
Une place située à Paris dans le 3ème arrondissement porte son nom.

Pauline Mary Tarn nait à Londres en 1877 d’une mère américaine et d’un père britannique dans une famille très fortunée. A 23 ans, fuyant son éducation victorienne dont elle refuse l’hypocrisie, elle vient s’établir à Paris.
La jeune femme voyage à travers le monde : Japon, Hawaï, Constantinople et l’île grecque de Lesbos dont est originaire la poétesse Sapho, à qui elle voue un culte fervent et où elle fait construire une maison.
Elle sera ainsi surnommée Sapho 1900 à la parution d’un de ses receuils intitulé Sapho qui présente sa traduction de la poétesse antique suivie de ses propres vers pour lesquels elle utilise brillament la strophe sapphique.
Sa courte vie, elle meurt en 1909 à 32 ans, se résume à dix intenses années de passions amoureuses et d’écriture… auxquelles se mêlent tentatives de suicide et fièvres alcooliques.
Son premier receuil de poésie, Etudes et préludes, parait en 1901 sous le nom de R. Vivien qu’elle féminise ensuite en Renée. Suivent une oeuvre prolifique : quinze recueils de poèmes relevant des courants littéraires parnassien et symboliste, six romans et essais, des nouvelles et des contes gothiques (écrits en anglais et publiés à titre posthume dont la traduction est disponible en français depuis janvier 2018, un journal intime commencé en 1893, des correspondances avec ses maitresses Natalie Clifford Barney et Kérimé Turkhan Pacha et ses amis l’érudit Amédée Moullé, le journaliste Jean Charles-Brun et Colette.
Renée Vivien a également écrit plus de dix ouvrages sous le pseudonyme de Paule Riversdale ou en collaboration avec Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar.
La Vénus des aveugles fait notamment à sa parution en 1904 sa renommée auprès d’un public croissant. A cette époque paraissent plusieurs œuvres écrites par des femmes (Colette, Anna de Noailles,…), dont certaines affichent leurs relations homosexuelles, et une communauté d’artistes lesbiennes commence à devenir de plus en plus visible à Paris. Cependant, Renée Vivien a souvent été présentée comme une femme perverse, cocaïnomane et débauchée. Sa poésie, autobiographique, qui exprime ouvertement son amour physique pour les femmes, à une période où l’homosexualité est associée à une maladie mentale puis à une névrose, reste longtemps méconnue. Ses poèmes ne seront réédités qu’en 1986.

Chaque année le prix de poésie Renée-Vivien récompense un receuil de poésie en affinité avec les grandes thématiques de son oeuvre. Marguerite Yourcenar a reçu ce prix en 1958 pour Les Charités d’Alcippe.

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